Pathologie du genou · Kinésithérapie du sport
Douleur fémoro-patellaire : comprendre et reprendre le sport
Une douleur autour ou derrière la rotule, souvent déclenchée par les escaliers, le squat, la course ou les sauts. La prise en charge repose surtout sur l’éducation, la gestion de la charge et des exercices progressifs.
Qu’est-ce que la douleur fémoro-patellaire ?
La douleur fémoro-patellaire correspond à une douleur située à l’avant du genou, autour ou derrière la rotule. Le terme est aujourd’hui préféré à « syndrome fémoro-patellaire », car il décrit une présentation clinique sans supposer une cause unique. Elle est fréquente chez les adolescents, les jeunes adultes, les coureurs et les sportifs pratiquant des activités avec flexions répétées du genou.
Elle apparaît souvent après une augmentation trop rapide de la course, des dénivelés, des squats, des sauts ou du volume d’entraînement. Cependant, aucun facteur isolé n’explique tous les cas : force, tolérance à la charge, récupération, sommeil, antécédents et facteurs psychosociaux peuvent interagir.
Quels sont les symptômes habituels ?
Douleur caractéristique
Douleur diffuse autour ou derrière la rotule, parfois difficile à localiser précisément. Elle est généralement aggravée par les activités qui chargent l’articulation en flexion.
Situations fréquentes
Descendre ou monter les escaliers, s’accroupir, courir, sauter, rester longtemps assis le genou plié ou augmenter les séances en côte et en descente.
Des craquements peuvent être présents sans traduire automatiquement une lésion. En revanche, un gonflement important, un traumatisme, un véritable blocage ou une instabilité franche orientent vers d’autres diagnostics.
Comment le diagnostic est-il posé ?
Le diagnostic est principalement clinique. Il repose sur une douleur péri- ou rétro-patellaire reproduite par au moins une activité chargeant l’articulation fémoro-patellaire, comme le squat, les escaliers, la course ou les sauts. L’examen sert aussi à écarter une tendinopathie patellaire, une lésion méniscale, une instabilité de rotule, une douleur référée de hanche ou d’autres causes de douleur antérieure du genou.
Une radiographie, une échographie ou une IRM n’est pas systématiquement nécessaire. L’imagerie peut être discutée en cas de traumatisme, de signes atypiques ou d’évolution insuffisante malgré une prise en charge adaptée. Des anomalies visibles à l’imagerie peuvent exister sans être responsables de la douleur.
Quel traitement est recommandé ?
Le guide de bonnes pratiques publié en 2024 place l’éducation et les exercices ciblant le genou, associés si nécessaire à des exercices de hanche, au centre du traitement. Le programme doit être individualisé selon les symptômes, les objectifs et les capacités du patient.
Comprendre et ajuster la charge
Identifier les activités irritantes, réduire temporairement leur dose si nécessaire et éviter le repos complet. L’objectif est de conserver une activité tolérable puis d’augmenter progressivement les contraintes.
Renforcer le genou et la hanche
Le programme peut associer quadriceps, fessiers et chaîne du membre inférieur. Le choix des exercices, de l’amplitude, des charges et de la fréquence dépend de l’irritabilité et du niveau sportif.
Réintroduire les gestes sportifs
Squats, escaliers, sauts, changements de direction et course sont progressivement réexposés. La progression se base sur la réponse pendant l’effort et dans les heures qui suivent.
Ajouter un complément si utile
Taping, semelles préfabriquées ou adaptation du geste de course peuvent aider certains profils à court terme. Ils complètent l’exercice mais ne remplacent pas une rééducation active. La thérapie manuelle isolée n’est pas un traitement de fond.
Peut-on continuer à courir ?
La course n’est pas systématiquement interdite. Selon l’intensité des symptômes, on peut ajuster temporairement la durée, la vitesse, le dénivelé, la fréquence ou l’enchaînement des séances. Chez certains coureurs, une modification individualisée de la technique ou de la cadence peut réduire les symptômes, mais il n’existe pas une correction universelle valable pour tous.
La reprise complète doit intégrer la capacité à tolérer les contraintes spécifiques du sport : volume, intensité, descentes, sauts, accélérations et récupération entre les séances.
Quel est le pronostic ?
La douleur fémoro-patellaire ne disparaît pas toujours spontanément. Une étude de suivi a retrouvé une évolution défavorable chez plus de la moitié des participants cinq à huit ans après l’inclusion. Une durée élevée des symptômes avant la prise en charge est associée à un moins bon pronostic. Ces données justifient une intervention précoce, progressive et suffisamment prolongée, sans dramatiser la situation : une amélioration fonctionnelle reste possible avec une stratégie adaptée.
Quand demander un avis rapidement ?
Après un traumatisme important, en cas d’impossibilité d’appui, de gonflement marqué, de genou bloqué, de fièvre, de douleur nocturne inhabituelle ou d’aggravation inexpliquée. Ces signes ne correspondent pas au tableau habituel d’une douleur fémoro-patellaire.
Références scientifiques
- Neal BS et al. Best practice guide for patellofemoral pain. British Journal of Sports Medicine, 2024.
- Willy RW et al. Patellofemoral Pain: Clinical Practice Guidelines. JOSPT, 2019.
- Collins NJ et al. Consensus statement on exercise therapy and physical interventions. BJSM, 2018.
- Lankhorst NE et al. Factors predicting outcome 5–8 years after patellofemoral pain. 2016.
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